Aimée, ma prof / Aimée, mi profesora

La première fois que j'entrai dans une classe de l'Alliance Française de La Havane, elle était là. Je m'étais trompé de cours, bien évidemment. Cependant, pour des raisons que je n'arrive pas à comprendre, cette première rencontre a demeuré dans ma mémoire. Le hasard, la providence… qui sait ?
Cette année je fus finalement son élève, au cours de Perfectionnement 2. On disait qu'elle était sévère, exigeante… J'ai trouvé qu'elle était, en plus, douce et parfois même très généreuse.
Un après-midi elle nous raconta l'histoire de sa famille. L'aïeule de son grand père, une belle sénégalaise, avait été emmenée à Cuba en esclavage. Puis, elle avait accouché d'un enfant de son propriétaire, un colon anglais de nom Dickinson.
Aimée nous répétait souvent un dicton de son père: si l'on entame quelque chose, il faut la faire bien… ou ne pas la faire. Elle l'a bien appris.
Elle hérita le charme de son aïeule et l'énergie de l'Afrique. Avec elle nous allâmes un peu plus loin dans l'apprentissage du français. Néanmoins, à mon avis, hors du cours elle nous donna notamment une leçon pour notre vie: celle du dévouement à un métier et à une langue dont la beauté nous éprit.
______________________________________________________________________________
La conocí en primer año de la Alianza Francesa, pero no era mi profesora. Adianet y yo entramos en su aula por accidente y salimos pronto, porque aquello nos sonaba a alemán. Imagínense, Perfeccionamiento 2 (cuarto año).
Luego la veía con frecuencia en los pasillos, siempre seria. Por alguna razón me parecía el arquetipo de la maestra de francés.
Finalmente llegué a su aula, en un temprano cambio de grupo con recomendación incluida. Es exigente y severa, me dijeron. Era cierto. Pero también descubrí que bajo esa fama de rectitud justamente ganada, había una mujer muy tierna, que una tarde nos contó la historia de su familia y cómo salió de su casa un día de la mano del francés.
De su tatarabuela senegalesa, que tuvo un hijo de su dueño, un colono inglés asentado en Matanzas, heredó el sobrio encanto y la energía del alma negra, arrancada de la tierra africana. De su padre, el respeto intransigente al trabajo: comenzar algo para hacerlo bien, o no empezar.
Nos enseñó nuevas herramientas para comprender y utilizar el francés. Premió la constancia, fue generosa. Pero más que cualquier conocimiento técnico, nos dio una lección de vida: la de la entrega a un oficio y a una lengua cuya belleza nos reunió en las aulas.