L'invisible destructeur / Lo invisible destructor

Publié le par Boris Leonardo

  On donne des noms aux ouragans. C'est le premier pas dans un processus de personnification d'un phénomène naturel, dont la terreur est la dernière marche. «Gustav arrivera demain», dit ma voisine. Un touriste distrait croirait qu'il s'agit d'un ennemi à elle. 

  Quoique nous vivions dans le XXI siècle, nous considérons encore les cyclones comme une divinité redoutable. Le mot «ouragan» vient de l'ancienne langue de la Caraïbe (huracán). C'était le nom de la déité des vents, de la pluie, des vagues effrayantes.

  Néanmoins, c'est un dieu de la transparence: l'eau et le vent. La mer, cette puissance épouvantable inondant les villages des pêcheurs, n'est qu'un immense cristal dans lequel la lumière du soleil danse. Prenons de l'eau dans nos mains, un peu d'écume… elles semblent tellement fragiles. Et le vent… qu'est-ce que c'est ? L'invisible animé, le néant existant.

  Notre civilisation a rempli la terre de structures opaques. Bâtiments, navires, monuments, autoroutes, usines… C'est le royaume du visible. Pourtant, la transparence des eaux et l'invisibilité des rafales nous rappellent notre faiblesse.

  Nous continuerons à craindre la force des ouragans. Les peuples amérindiens qui habitaient la Caraïbe disparurent il y a 500 années, mais son dieu terrible nous affole toujours.

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Cada huracán recibe un nombre. Ese bautizo es el primer paso en la personificación de un fenómeno natural, que termina convirtiéndose en un ser aterrador. "Gustav llega mañana", dice mi vecina. Un visitante distraído podría creer que se trata de su peor enemigo.

Aunque vivamos en el siglo XXI, aún vemos a los ciclones como una temible deidad. La palabra huracán nació en los antiguos pueblos del Caribe. Era el nombre del dios de los vientos, de la lluvia, de las olas terribles.

Sin embargo, es un dios de la transparencia: el agua y el viento. El mar, esa pavorosa fuerza que inunda las aldeas de pescadores, es apenas un inmenso cristal donde la luz del sol baila. Tomemos un poco de agua y espuma en nuestras manos… parecen tan frágiles. Y el viento, ¿qué es? Lo invisible animado, la nada existente.

Nuestra civilización ha colmado la tierra de estructuras opacas. Edificios, barcos, monumentos, autopistas, fábricas… Es el reino de lo visible. Pero la transparencia de las aguas y las ráfagas etéreas nos recuerdan nuestro ser vulnerable.

  Seguiremos temiendo el poder de los huracanes. Los pueblos aborígenes que habitaron el Caribe desaparecieron hace 500 años, pero su dios nos amedrenta todavía.


 


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Virginia 04/09/2008 08:50

Tu sais déjà ce que j'en pense et je suis tout à fait d'accord avec petitlouis ; l'histoire est un éternel recommencement.Chaque jour , nous profitons des bienfaits de la nature ici.La Corse est certes moins développée que le continent et c'est très bien ainsi.D'ailleurs c'est ce que les nombreux touristes apprécient et recherchent en passant leurs vacances sur l'île.Les grandes nations de ce monde feraient bien de se réveiller ... capitalisme et modernisme riment avec destruction et anéantissment.

Boris Leonardo 12/09/2008 04:07



Nous avons besoin d'une autre modernité, d'une autre concept de civilisation.



petitlouis 04/09/2008 07:10

Le déchaînement des forces naturelles n'atteindra cependant jamais la puissance destructrice des actions de l'homme : Gustav n'est rien face à Hiroshima, et le pire est à craindre pour l'avenir puisque les leçons de l'histoire jamais ne sont comprises.

Boris Leonardo 12/09/2008 04:05


Derrière la force destructrice de Gustav et Ike est le réchauffement climatique, donc l'homme.


insolite85 03/09/2008 14:42

Bonjour Boris,Une pensée amicale des Sables d'Olonne pour Cuba et ta famille devant cette épreuve. 

Boris Leonardo 12/09/2008 04:00


Merci de ton soutien, Insolite.