
Nous étions tous minces et naïfs. Vous connaissez déjà la phrase. C’est quelque chose que j’ai écrit en “Été”.
Voici une photo de cette époque là, prise exactement le dernier jour du lycée, en 1997. Nous pleurâmes ce soir, pourtant nous ne savions pas encore comment le monde allait changer dans les prochaines années. Quand on a vécu dans le paradis pendant quelque temps on n’arrive jamais à se rendre compte que tous les paradis ne sont que des mirages, plus ou moins éphémères.
Trois ans de joie. Le lycée où nous avions étudié –connu comme « La Lenin »- nous avait plutôt gardé du réel. Bienheureux nous, qui passâmes tout ce temps dans une espèce d’urne en verre, tandis que le pays essayait de ne pas mourir de faim.
Le denier cours nous étions trois amis : Rodney, David et moi. Ils jouaient de la guitare. David chantait dans un groupe de pop & rock. Rodney composait des chansons que personne ne comprenait (sauf nous-mêmes). Moi, j’écrivais des poèmes. Eux aussi.
Au début nous étions tous seuls, puis David et moi trouvâmes des copines. Je me souviens encore du mois de septembre, quand nous nous baladions par les grands corridors de l'école ou dans les champs sportifs, sous la pluie, en chantant n’importe quoi. C’était le bonheur.
Nous faisions l’amour dans n’importe quel coin sombre. Nous ne nous sentions jamais fatigués: jeunes ravis, débordés de vie. Le repas, les études, les examens, les professeurs méchants… rien ne nous faisait perdre le rire. Je n’ai jamais vécu de nouveau des journées si intenses.
Dix mois. Puis, des courtes vacances et, hélas, l’armée. Nous sautâmes du paradis à l’enfer, de la liberté absolue à la caserne.
Dans cette photo, nous étions encore les jeunes le plus heureux de la planète.
PS: De gauche à droite Addis, moi, Rodney (son frère assis), Ricardo, David et Glenda.
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Éramos tres. Nos gustaban las canciones de Fito Páez y Carlos Varela, la poesía, las mujeres… Escribíamos versos con el mismo fervor con que cada noche hacíamos el amor con nuestras novias,
eternas, las que durarían para toda la vida. La felicidad era entonces una certeza cotidiana. El futuro, una minúscula nube en el horizonte, una nadería que no nos haría bajar las velas y
pensar.
David no estudiaba jamás, pero salía bien en los exámenes. Siempre estaba ocupado en los ensayos del grupo, guitarra en cuerpo y alma. Flaco y despeinado, con sus tostadas mohosas y el saco de maní tostado por toda provisión. Nos pedía el azúcar, el refresco, el vaso, la cuchara, la sábana… Éramos generosos. Hermanos.
Rodney tampoco dejaba a guitarra. Componía canciones irreverentes que nadie entendía, salvo nosotros mismos. Cantábamos a toda voz en las mañanas de limpieza en el albergue C6. Sus versos tenían algo de Vallejo.
Yo desvariaba con un viaje a Estocolmo. Le decía a Addis, mi novia: "Cuando yo sea Premio Nobel de Literatura…" No me cegaría entonces la gloria: todo el dinero sería para restaurar La Habana. Mi ciudad, si algún día despierta del sopor y la ruina, retará en belleza a París, a Roma.
Recuerdo el último día en la escuela, antes de las pruebas de ingreso. Los años menores nos prepararon un concierto, el último. Recuerdo un abrazo sudoroso a David, el angustioso presentimiento de que vivíamos, más que el fin de curso, los últimos minutos de un época.
Luego, ya en uno de los destartalados ómnibus de la escuela, yo la veía alejarse, a 40 kilómetros por hora, a la velocidad de lágrimas que no dejé salir, de tres años demasiado cortos, de la angustia porque no volvería a vestirme con el uniforme azul, no haría el amor otra vez detrás del teatro, no me acostaría de nuevo en los frescos pasillos relucientes, no, nunca más.
PS: De izquierda a derecha Addis, yo, Rodney (su hermano sentado), Ricardo, David y Glenda.
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